21.09.2007

Cheminement journée européenne du Patrimoine

Dimanche dernier, dans l'église Notre-dame de Saint-Lô, relevée de ses ruines, le bourdon ancien (poids: 3180kg; note: Do 3), rescapé des violents bombardements de 1944, attend d'être restauré -il est fêlé- et d'être remonté dans la tour sud pour sonner avec quatre autres cloches. Classé monument historique en 1965, il a été fondu en 1430 et a été refondu en 1732; son parrain était alors "le très haut, très puissant et très illustre prince Monsieur Jacques François Léonor Grimaldi par la grâce de Dieu souverain de Monaco, sire de Matignon, baron de Saint-Lô,..." (extrait de l'inscription sur la cloche) -Le prince Albert de Monaco est toujours baron de Saint-Lô-. Citons une activité de ce bourdon: il sonnait, chaque jour, seize coups pour "prévenir le bourgeois de balayer devant sa porte".

Non loin de Coutances, passage à Hauttevile-la-Guichard, ancien fief de Tancrède, arrière-petit-fils de Scandinave venu avec Rollon, père de douze garçons, "splendides gaillards ambitieux, batailleurs et entreprenants". Le père était loin de se douter qu'ils "feraient trembler des empereurs, mettraient les papes à leur merci, verraient leurs alliances sollicitées par les principaux souverains, amalgameraient des populations rivales sous la même bannière, créeraient un royaume unique en son genre dans l'Histoire universelle"(1); ce sera le royaume normand d'Italie (XI et XIIe siècles) qui comprenait, entre autres provinces, la Campanie avec Salerne, ville récemment jumelée avec Rouen.

Dans la soirée, je trouve dans un article (2), parmi tous les termes désignant la cloche, les mots campana et nola (de Saint-Paulin, évêque de Nole en Campanie). Seul est resté campana - de Campanie, région connue pour son industrie du bronze- qui a donné naissance à campanile (tour où les cloches sont suspendues), campanaire (tout ce qui se rapporte à l'étude des cloches) et à campanule (plante à fleurs en forme de cloche).

La cloche est vraiment un instrument de communication... de la culture.

doMINUIT

(1) Fernand A.P. Maloisel, "La souveraineté normande en Méditerranée", Revue du département de la Manche, T.13 1971, fasc.50, avril.

(2) Brigitte Gallbrun, "Quand le bronze chante...", Revue de la Manche, T.48 2006, fasc.1974, octobre.

28.08.2007

La Cloche d'Argent

La Cloche d'Argent a été descendue. Qu'a-t-elle encore fait pour être punie? Contre qui s'est-elle rebellée? N'ayez crainte, nous parlons de la cloche qui a été décrochée de sa potence, rue Massacre. Nous ne faisons pas référence à la Cloche d'Argent abritée dans le beffroi du Gros-Horloge et qui est plus connue sous le nom de la Rouvel.

Mon amie, la Cache-Ribaut, vous a déjà présenté la Rouvel, la gardienne de Rouen. C'est elle qui avertit les Rouennais lorsque le roi de France, Louis VII, essaya de s'emparer de la ville, en 1174, par la ruse. C'est elle aussi qui donna, en 1332, le signal de départ de la révolte de la Harelle. Alors, le roi Charles VI la confisqua; elle fut descendue du beffroi. En 1337, le roi la donna à deux de ses pannetiers. La ville implore son pardon; sa grâce est obtenue en 1382 et, par une charte de 1389, le roi rend la cloche à la ville qui paie de lourdes amendes pour sa rebellion; la Rouvel aurait été  surnommée la Cloche d'argent à cause des sacrifices monétaires consentis pour la récupérer. Autre explication pour ce surnom: de l'argent aurait été incorporé au métal lors de la fonte. Mais elle est composée de 71% de cuivre, 26% d'étain, 1,80% de zinc et 1,20% de fer. Aucune trace d'argent.

En fait, nous parlions de l'enseigne "A la Cloche d'Argent" (8-10, rue Massacre) non loin du Gros-Horloge, qui existait depuis 1930. En 1928, J. Durou transforma son magasin d'alimentation en "brûlerie de café" qu'il vendit en 1930 à Georges GORE qui aurait été d'origine britannique. La première enseigne était "Brûlerie de la Cloche d'Argent", puis en 1933, "Brûlerie de la grosse horloge - CAFES DE LA CLOCHE D'ARGENT". Après la guerre et jusqu'au début 2007, son enseigne était "A la Cloche d'Argent"; elle est devenue: "Aux Cafés de Maître Pierre". La roue tourne... et on torréfie toujours.

doMINUIT

17.08.2007

Les Cloches de Corneville (suite)

La mythologie campanaire est riche (cf "La cloche des perdus" de notre envoyée en Aubrac) et les croyances populaires attribuent aux cloches des pouvoirs bons ou mauvais, ainsi que des réactions émotives très humaines (même patriotiques). Ainsi, à Corneville, tout est parti d'une légende qui varie selon les conteurs mais qui date d'une réalité historique: la prise de Pont-Audemer en novembre 1357 par les Anglais. Pour les uns, les barques des pillards, lourdement chargées du butin provenant de l'abbaye de Corneville, se retournèrent et le carillon tomba dans la Risle où il resta. Pour d'autres, avant l'arrivée des envahisseurs, les moines décidèrent de mettre en lieu sûr les objets du culte et les cloches. On décrocha le carillon qui "lançait dans l'obscurité des sons plaintifs comme âme en peine". Le trésor fut jeté en un endroit mystérieux par les bateliers de la Risle. Et miracle, chaque fois que les Français battaient les Anglais, les cloches tintaient joyeusement du fond de la rivière tandis que, lorsque les Anglais gagnaient, des sons tristes s'élevaient. A l'annonce des succès de Jeanne d'Arc, elles sonnèrent gaiement; elles pleurèrent lorsque l'héroïne fut brûlée à Rouen. En septembre 1449, les Anglais sont vaincus et quittent la région: le carillon est en liesse. Autre miracle, la Risle s'assèche,les cloches apparaissent et sont remontées dans le clocher !

Le compositeur Robert Planquette (1) s'inspire très librement de cette légende dans son "opéra comique en 3 actes et 4 tableaux", Les Cloches de Corneville (paroles de MM. Clairville et Ch. Gabat). L'opérette, créée à Paris en 1877, est jouée, sans grand succès, à Corneville, en 1878. Au fil des années, le triomphe en France et à l'étranger arrive.

Le carillon actuel de 12 cloches doit son existence au marquis de la Rochethulon qui, désirant célébrer l'Entente Cordiale, lança une souscription internationale. Les cloches fondues portent le nom des donateurs: Angleterre, Amérique, Suède, Danemark, Norvège, Algérie, Canada (très généreux), Russie, Crète, Auvergne, Savoie, Sainte-Germaine. Après diverses péripéties, "le carillon des Ententes Cordiales" est installé, en 1907, à l'hostellerie où l'on peut le voir et l'écouter ... si l'on a pris rendez-vous (2).

Avant de les quitter, chantons tous en choeur: 


doMINUIT

(1) M. Planquette (1848-1903) est aussi l'auteur de la célèbre marche militaire, Sambre et Meuse (1879), chant patriotique appelant à la revanche...

(2) tél. 02 32 56 57 21

 

PS Aucune nouvelle de notre envoyée très spéciale en Aubrac. Pourtant aucune ourse slovène n'a été signalée dans cette région et la bête du Gévaudan est singulièrement édentée. A-t-elle été déboussolée par la "cloche des perdus" qui aurait été maléfique? Au lieu d'un PTA - je me demande encore ce que c'est-, nous aurions dû l'équiper d'un "GPS pour cloches". Comme le "GPS pour chiens" est au point, elle pourra me l'offrir ! Ha! ha! que c'est drôle!

 

 

 

 

 

13.08.2007

Les cloches de Corneville

Comme je me rendais dans la Manche, mon amie, la Cache-Ribaut, du Beffroi du Gros-Horloge, m'a demandé de faire un arrêt en chemin, pour rendre visite à ses consoeurs de Corneville-sur-Risle, près de Pont-Audemer (Eure).

Arrivé dans ce bourg, je me suis rendu à l'église: les cloches n'y étaient pas. Pourtant, elles n'avaient aucune raison d'être à Rome. Elles étaient, m'a-t-on indiqué, en résidence à l'hôtel des Cloches de Corneville. Bizarre...

A l'hôtel, je pensais être accueilli par une volée de "Ding, ding, ding, ding, ding, dong - Sonne, sonne, sonne joyeux carillon". Tout d'abord,  j'aurais dû vous dire que, contrairement à la Cache-Ribaut, sérieuse, soucieuse du bien-être des Rouennais, ces cloches sont, pour la famille Campanaire, des cloches d'opérette; or, leur "légèreté" leur a donné une renommée internationale. Connues en Amérique sous le nom de The Chimes of Normandy ou The Bells of Corneville, aussi célèbres que les magnifiques Blue Bells Girls , danseuses toujours en revue au Lido, plus renommées que les Blue Belles de France, les joueuses de l'équipe de France de hockey, elles en ont sonné plus d'un !

Elles sont même les héroïnes d'un chapitre d'un manga d'Osamu Tezuka, le N°4 de la série "Nanaiko Inko"!

Figurez-vous que ces coquettes n'ont pas voulu me recevoir. Je ne pouvais présenter mes hommages qu'à partir de 17h et sur rendez-vous... J'ai continué ma route en chantant à tue-tête: "Ding, ding, ding, ding, ding,dong -Sonne, sonne, sonne joyeux carillon".


doMINUIT

PS Je vous conterai la saga de ces cloches de Corneville dans mon prochain billet si... vous le voulez bien.

30.07.2007

La « cloche des perdus »


Si le plateau de l’Aubrac sourit, l’été, aux voyageurs, et si son immensité invite à la contemplation, il n’en est pas de même  en hiver ! Et, quand, à la dureté du climat, s’ajoutait la crainte d’être détroussé, le pèlerin du Moyen Age devait redouter la traversée de ce plateau inhabité, largement sous l’emprise de la forêt.

L’espace est aujourd’hui parfaitement colonisé par les troupeaux , le plateau ayant été presque totalement déboisé pour l’estive, en particulier lors de la construction de cette fameuse Dômerie, à Aubrac, qui a donné le ton.
C’est un seigneur flamand qui a cru mourir 20 fois en se rendant à Compostelle et qui, ayant déjoué maladies, brigands, tempêtes, décida de consacrer sa vie à l’édification d’un hôpital pour les pèlerins. Avec ses compagnons, ils ont abattu la forêt, taillé dans la lave pour bâtir les bâtiments nécessaires à l’accueil, l’entraide et les soins.
 

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L’emprise sur la région dépassa la mission première avec les moines de l’ordre de Saint Augustin, les soeurs qui soignaient les malades, les Chevaliers qui accompagnaient les convois, et les « donats », laïcs qui travaillaient aux champs.
Et par temps couvert, l’un des chevaliers sonnait à la volée la « cloche des perdus » gravée de la devise: «  Deo jubila, clero canta, daemones fuga, errantes revoca ».
L’entendre devait en effet réchauffer le cœur !
(de notre envoyée spéciale en Aubrac !)



 

18.07.2007

L'écho des vagues

84557bfa08211b0a3634a326c3d02919.jpgDu fond de la vallée, monte, comme une vague qui vient s'échouer sur les pentes, l'appel de l'église du bourg lointain.
Ces cloches résistent au temps qui passe, à l'Histoire qui en efface pourtant peu à peu le sens.
J'ai, dans ma PAL (Pile à Lire, je suppose...) cet ouvrage assez prometteur 
d' Alain Corbin (Flammarion   |  Collection Champs) dont je donne à lire la présentation par l'éditeur:

 "En exploitant pour la première fois les quelque dix mille affaires de cloches que le XIXe siècle nous a laissées, Alain Corbin découvre que ces sources insolites sont au centre d'un ordre symbolique. La cloche préside au rythme de la vie rurale, oriente son espace ; elle définit une identité et cristallise un attachement à la terre. La sonnerie constitue un langage, fonde un système de communication et accompagne des modes oubliés de relations entre les individus, entre les vivants et les morts. Enfin, qu'il s'agisse de traduire la liesse, la menace du feu ou du sang, la terreur des épidémies, il n'est pas de profonde émotion collective qui n'implique un recours à la cloche.
Du même coup, maîtriser l'usage de la sonnerie constitue un enjeu majeur dans le déroulement des luttes de pouvoir qui agitent les microcosmes campagnards. L'historien, dans cet ouvrage brillant, se tient à l'écoute des hommes du passé, afin de détecter les passions qui les animaient et de comprendre un monde récemment disparu."
(Note rédigée par Pagine)

23.06.2007

émotion à Saint Maclou

Grand moment d'émotion ce matin à Saint Maclou: un carillon trop longtemps réduit au silence s'est à nouveau manifesté...¨Pour tout savoir sur les festivités autour de la réouverture de Saint Maclou, allez sur
http://www.grand-rouen.com/
C'est aussi simple que cela (j'ai aussi reçu le programme: mais inutile de le recopier: quelqu'un l'a déjà fait pour vous!).
Petite touche personnelle: on mange fort bien à l'Auberge Saint Maclou, rue Martainville, au chevet de l'église...dedans, ou en terrasse...

23.05.2007

"Mes seuls bonheurs"

La "Correspondance" de Violette Leduc est faite de grandes passions et de petits plaisirs. Je m'attarde volontiers sur ces derniers, les autres étant souvent exténuantes...
"Hier, je suis entrée par hasard dans une église où je désirais me reposer. L'organiste faisait des exercices; j'ai écouté pendant une heure. Tout à l'heure, je me suis levée pour préparer mon dîner. Par la fenêtre de ma cuisine où la vision est sordide m'est parvenu le son des cloches qui était plus irréel et plus lointain que le ciel qu'il exprimait. Mes seuls bonheurs (avec celui de votre lettre) en deux jours".
(Les Cahiers de la NRF - Gallimard - Avril 2007)
Oui, comment résister à ce "son plus irréel et plus lointain que le ciel qu'il exprimait"? Bien qu'il nous vienne de février 1948, on croit l'entendre encore...

20.05.2007

Les cloches des émeutiers

Les cloches étaient autrefois, la première manifestation sonore des troubles urbains: c'est ainsi qu'à Rouen, en février 1382, deux cents ouvriers du textile se rassemblent autour de l'Hôtel de Ville de Rouen au son des cloches du beffroi.
C'est la fameuse "Révolte de la Harelle ", révolte populaire, qui éclate, comme ailleurs dans le royaume pour protester contre la levée de nouveaux impôts.

Lorsqu'ils apprennent le rétablissement des contributions indirectes sur les marchandises, en particulier sur le sel et le vin, les Rouennais donnent le signal de la révolte: un "roi" Jean le Gras, marchand drapier est alors promené sur un char qui accorde sur son passage l'abolition des impôts...

Mais l'émeute, qui débute en carnaval, prendra une autre tournure avec l'ouverture des prisons, les pillages et saccages des demeures des riches bourgeois, des juifs ou des officiers du Roi, puis de la Cathédrale , de Saint Ouen, du gibet...

Les notables s'organisent en milices et font appel à l'autorité royale.La révolte sera durement réprimée avec l'arrestation des meneurs dont six seront décapités, la création d'une nouvelle municipalité régie par un bailly royal, la dépose des cloches du Beffroy, le décret d'une lourde amende à la ville, la suppression des privilèges des Rouennais sur la Basse-Seine ...et... l'augmentation des impôts!
Ce qui amènera les "émeutiers" à reprendre leurs "cris sur le haro" quelques mois plus tard....

26.03.2007

Les tintenelles

Voilà donc, enfin, la réponse à la dernière énigme posée sur ce blog...
Ce sont donc des tintenelles qu'agitaient autrefois,, en parcourant les rues, les Charitons, de la Confrérie de Charité, en période d'épidémie, ainsi que pour les mariages et les enterrements.
Comme cette survivance est bien racontée sur le site du Musée de la Haye de Routot, autant vous y rendre directement:
http://web.mac.com/lahayederoutot/iWeb/B10B27F4-7E6E-4ECC...

Que les heureux "gagnants" de l'énigme proposée par Saint Nicolas se rassurent, on ne les a pas oubliés, mais il paraît que la période est très chargée... La visite du clocher se fera donc aux beaux jours!

Enfin, un seule bonne réponse à la deuxième énigme:
http://bruitbarbare.hautetfort.com/archive/2007/01/06/une...
Il n'est pas trop tard pour se voir attribuer une entrée au Musée qui abrite cette autre cloche.

 

 

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