25.09.2007

Fugue onéreuse d'un sac poubelle

Il existe à Rouen, comme dans toutes les grandes villes, une brigade municipale spécialement chargée de traquer les habitants qui manquent de civisme, par exemple ceux qui ont la fâcheuse habitude de déposer, en sortant de chez eux, leur petit sac d'ordures ménagères devant la porte de leur immeuble ou, de préférence, devant celle des voisins. Les bacs roulants avaient été distribués pour éviter ces petits tas disgracieux et malodorants. Mais ces bacs ont été laissés sur les trottoirs, devenant obstacles pour les piétons et jouets pour les noctambules éméchés. Exit les bacs roulants -pas tout à fait-, heureuse arrivée des conteneurs de regroupement et surtout des bacs enterrés.

Toujours est-il que, si cette brigade repère sur un trottoir un affreux sac plastique (biodégradable ou non) rempli de déchets, elle s'empresse de l'inciser et de le disséquer afin de trouver un indice permettant d'identifier son propriétaire indélicat... comme une enveloppe avec nom et adresse. Alors procès-verbal est dressé.

Mais, lisez bien, il est arrivé une mésaventure à un jeune couple de Granville (Manche). Un de leurs sacs de déchets ménagers a été retrouvé et identifié (grâce à une fichue enveloppe) à 30 kilomètres de leur domicile par la gendarmerie de Brécey qui les accuse de "dépôts d'objets ou d'ordures transportés à l'aide d'un véhicule dans un lieu non autorisé"; ce qui peut entraîner une amende de 1500 euros ! (La Manche Libre, 15 septembre 2007) Les jeunes sont atterrés: ils déposent toujours leurs ordures dans le conteneur au pied de leur immeuble. Ce sac a-t-il été perdu par le camion-poubelle de ramassage? Impossible, il n'emprunte pas ce parcours. Avant que le Parquet ne se saisisse de cette affaire, le couple va rencontrer le maire de Granville pour tenter de le convaincre de leur bonne foi et de leur civisme quotidien.

Sachez que vous restez propriétaires de vos sacs  d'ordures jusqu'à leur destruction définitive. Soyez prudents, déposez-les, quand c'est possible, dans un bac enterré. Faites le tri et vous ferez des économies...

doMINUIT

 

23.09.2007

"Le poète du Silence"

Saluons le mime Marceau, le poète du silence.

doMUET

21.09.2007

Cheminement journée européenne du Patrimoine

Dimanche dernier, dans l'église Notre-dame de Saint-Lô, relevée de ses ruines, le bourdon ancien (poids: 3180kg; note: Do 3), rescapé des violents bombardements de 1944, attend d'être restauré -il est fêlé- et d'être remonté dans la tour sud pour sonner avec quatre autres cloches. Classé monument historique en 1965, il a été fondu en 1430 et a été refondu en 1732; son parrain était alors "le très haut, très puissant et très illustre prince Monsieur Jacques François Léonor Grimaldi par la grâce de Dieu souverain de Monaco, sire de Matignon, baron de Saint-Lô,..." (extrait de l'inscription sur la cloche) -Le prince Albert de Monaco est toujours baron de Saint-Lô-. Citons une activité de ce bourdon: il sonnait, chaque jour, seize coups pour "prévenir le bourgeois de balayer devant sa porte".

Non loin de Coutances, passage à Hauttevile-la-Guichard, ancien fief de Tancrède, arrière-petit-fils de Scandinave venu avec Rollon, père de douze garçons, "splendides gaillards ambitieux, batailleurs et entreprenants". Le père était loin de se douter qu'ils "feraient trembler des empereurs, mettraient les papes à leur merci, verraient leurs alliances sollicitées par les principaux souverains, amalgameraient des populations rivales sous la même bannière, créeraient un royaume unique en son genre dans l'Histoire universelle"(1); ce sera le royaume normand d'Italie (XI et XIIe siècles) qui comprenait, entre autres provinces, la Campanie avec Salerne, ville récemment jumelée avec Rouen.

Dans la soirée, je trouve dans un article (2), parmi tous les termes désignant la cloche, les mots campana et nola (de Saint-Paulin, évêque de Nole en Campanie). Seul est resté campana - de Campanie, région connue pour son industrie du bronze- qui a donné naissance à campanile (tour où les cloches sont suspendues), campanaire (tout ce qui se rapporte à l'étude des cloches) et à campanule (plante à fleurs en forme de cloche).

La cloche est vraiment un instrument de communication... de la culture.

doMINUIT

(1) Fernand A.P. Maloisel, "La souveraineté normande en Méditerranée", Revue du département de la Manche, T.13 1971, fasc.50, avril.

(2) Brigitte Gallbrun, "Quand le bronze chante...", Revue de la Manche, T.48 2006, fasc.1974, octobre.

18.09.2007

Tout bourdonne...

L'église Saint-Hilaire, dans la rubrique des faits divers -disons plutôt faits de société- de la presse locale: "L'EGLISE DONNE LE BOURDON. Tapage: les cloches de Saint-Hilaire sonnent trop souvent au goût des riverains"(PN, 27 août 2007, p.7). Les trois cloches sont, paraît-il, les seules  à sonner les trois angélus à Rouen. Toujours est-il qu'une riveraine se plaint qu'elles "sonnent  fort et pendant plus d'un quart d'heure, le dimanche, à 8h" et que " pour dire, on n'entend pas le train qui passe au-dessous de chez [eux]" Le train devrait-il siffler pour se faire entendre? Un autre habitant est plus compréhensif: "il faut supporter comme le coq à la campagne". Devra-t-on mettre des battants en mousse aux cloches pour les rendre inaudibles? Ca serait le glas d'un des charmes de nos quartiers et de nos villages.

Autre titre dans le PN du 28 août : "Le bourdon des apiculteurs": la météo et les agriculteurs perturbent le travail des abeilles qui produisent peu de miel. Les apiculteurs n'ont plus qu'à prendre leur bourdon de pèlerin pour plaider leur cause!

doMINUIT

16.09.2007

Une banque de site sur le bruit établie par le CHU

Ne boudons pas le travail magistral établi par un Centre de recherche local, celui du CHU

 http://doccismef.chu-rouen.fr/servlets/Logique?Mot=bruit....

 

14.09.2007

Régates ("dragon boats")

Revenons sur ces régates qui auront lieu sur la Seine, à la fin de la semaine, avec des bateaux ayant pour figure de proue une tête de dragon (animal mythique, emblème de la Chine). Plusieurs équipages de diverses nationalités seront en lice. En Asie du Sud-est, après la saison des pluies, de telles courses sont organisées à la "Fête des Eaux", fin octobre-début novembre, dans chaque pays que traverse le Mékong.

Les Laotiens fêtent le retour au débit normal d'un fleuve "lavé" par la mousson; les Cambodgiens célèbrent la fin de l'inondation annuelle, avec le retour des eaux du "Grand fleuve" dans leur lit et le renversement du cours du Tonlé Sap (le lac le plus poissonneux au monde) qui évacue l'excès des eaux vers la mer. Dans ces pays bouddhistes, les pirogues "à la proue et la poupe relevées en pointe" n'ont pas de dragon mais une paire d'yeux que l'on ne fixe à l'avant qu'au moment de la compétition. Ces yeux abritent le génie qui habitait l'arbre abattu pour fabriquer l'embarcation qui a ainsi un caractère sacré.

 L'équipage comprend  40 personnes (aucune femme), un chef et un bouffon qui a seul le droit de lancer des bordées d'injures aux autres concurrents. Mélange de brahmanisme, de bouddhisme et de croyances populaires animistes, la Fête des Eaux dure trois jours, à Phnom-Penh, en présence du roi et de tous les dignitaires du royaume.

Devant moi, une paire d'yeux me fixe. Chaque oeil, sculpté dans du bois précieux, à la forme d'un naga enroulé autour d'un gros iris noir incrusté dans une pupille de mica. Le génie s'est-il habitué à son nouvel habitat? Nous avons sauvé ces yeux du feu des Khmers rouges. Nous aurions préféré sauver nos amis, nos collègues, leurs enfants, le peuple cambodgien de la barbarie de leurs faux frères.

doMINUIT 

47a3207904edc3df43e4e3e669c7822e.jpg"FËTE DES EAUX" à Phnom-Penh (Royaume du Cambodge)

 

 L'oeil est visible mais pas le génie!

12.09.2007

ZENomarin

L'expo "La Normandie des photographes" (1) vient de se terminer à l'Hôtel du Département. De magnifiques clichés: vue de Rouen sous la neige, l'île Perrache, la virilité de ce pêcheur en ciré face à la légèreté de ce golfeur au-dessus d'Etretat. Aucune nostalgie. Cette photo avec ces gamins crasseux dans une rue aux taudis sordides nous prouve que ce n'était pas "le bon temps" -Ce "bon temps" n'existe-t-il que par rapport à notre propre vision du monde et de la société?-

La photo "Les trieurs de galets" a retenu mon attention car j'aime nos plages de galets et leurs falaises. Et, au début de la semaine dernière, après un dernier regard à  cette photo, je vois à l'ouvrage "un poseur de galets" sur la "séparation" des deux voies, quai Jean Moulin. "Ces galets plats viennent de Dieppe. On n'en trouve plus beaucoup," me dit l'homme. Ma femme en a donc tant pris pour notre courette! Non, elle préfère les petits galets ronds d'Etretat.

Plus tard, je lève les yeux et un panneau n'informe que je suis en ZEN-Maritime. Ciel! Après avoir été "inférieur"- le régime des castes existait dans la nomenclature des départements-, j'étais devenu "maritime"- Les bustes de nos navigateurs bientôt installés sur la pont Boieldieu nous rappelleront que nous avons bourlingué-. Je suis maintenant "zenomarin". Z'aim' ça. Z'en zézaie. Je comprends enfin cette installation de galets sur un lit de sable. Va-t-on composer à la suite un espace avec des pierres dressées et un jardin de mousses? C'est la zénitude : communier avec les énergies de l'univers pour rendre harmonieuses les relations entre êtres humains et la nature (2). L'Hôtel du Département va devenir le Temple du dragon en paix. D'où aussi, à la fin de la semaine, ces régates avec des "dragon boats" pour célébrer, comme en Asie, le "lavage" de la Seine par les abondantes pluies estivales.

doMINUIT

PS Les Japonais ne comprennent pas pourquoi nous employons le mot "zen" à toutes les sauces!

(1) Livre en vente: Farid Abdelouahab, Pascal Servan, La Normandie des photographes Au nord de la Seine 1851-2006, éditions les Falaises.

(2) à inscrire dans l'Agenda 21

c0f7f93dcc369ff509defa2a00017d7c.jpgConseiller de Zen-Maritime sur la bonne voie.

Les contribuables zenomarins s'en réjouissent.

08.09.2007

Quais de Rouen- Armada

L'aménagement des quais et des ponts, avant l'Armada 2008, ne doit pas nous faire oublier que la plus ancienne promenade de Rouen était sur la rive gauche, le COURS-LA-REINE ou GRAND-COURS, avec ses larges allées d'ormes.

Situé en face de "l'Isle de la Moucque ou de la Croix" (plan de 1784), le Grand-Cours occupait un terrain que les religieux de Grammont avaient concédé le 2 juin 1650 à la ville de Rouen en échange de maisons situées dans la rue Saint-Eloi. Des arbres furent plantés. Le bois de chauffage manquant suite au long et rigoureux hiver de 1784, ils furent abattus. En 1787, le cours était replanté et élargi. Devenu "Cours de l'Egalité", on y célébra l'anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1794. Il fut remblayé et achevé en 1807 (1). Surtout fréquenté par la bourgeoisie rouennaise, il connut le succès durant toute la Belle Epoque. Puis, il est devenu quai du Grand-Cours ou quai de la gare (là où était situé l'embarcadère de la rive gauche du chemin de fer de l'Ouest inauguré le 3 mai 1843 - cf "Transports non durables" sur ce blog).

Pour les milieux populaires, il y avait les nombreuses îles sur la Seine avec leurs guinguettes, comme l'île Brouilly (ou Surrau, ou Duboc, voire "du Bock") qui sera rattachée à l'île Lacroix en 1922. Après l'île Brouilly, vers Amfreville-la Mivoie, l'île aux Cerises (à 2km de Rouen - 1500m de long) avait un café restaurant: "on y allait en barque pour y boire un coup de cidre, y déguster matelotte et friture, pour y jouer à "la grenouille"(2), au bilboquet et autres jeux"(3).

Peintres et écrivains ont célébré ces lieux d'amusement, de détente et "d'encanaillement" pour certains, surtout sur les bords de la Marne, de l'Oise et de la Seine.

Connaissez-vous Miss Guinguette 2007 ? Elle a été élue le 13 juillet, à Champigny-sur-Marne. C'est une Chinoise de 34 ans... mariée à un Français. Ouf!

doMINUIT

(1)Nicétas Périaux, Histoire de la Ville de Rouen, 1874.

(2) Le Jeu de Grenouille ou Jeu du Tonneau, jeu d'adresse typique des guinguettes.

(3) Georges Dubosc (1854-1927), Par çi, par là, 3e série. "Erudit local à la bibliographie fleuve, il incarnait aussi la gouaille des artistes et des journalistes, bien éloigné des critères de respectabilité de la société bourgeoise" (Loïc Vadelorge, Rouen sous la IIIe République, p.320). Son buste se trouve dans la verdure, rampe Bouvreuil, au bas de la rue Bouquet.

05.09.2007

"CHUUUT PARTY"

Tout a  commencé dans un bar très bruyant de New-York où deux amis n'arrivaient pas à converser. Leurs paroles étant inaudibles, ils décidèrent de communiquer en écrivant sur des bouts de papier. Le concept "QUIET PARTY" naissait; il allait se développer à travers le monde où le silence est "un vestige archéologique" (1).

Une salle bruxelloise, Le Claridge, découvre cette idée à Paris, la reprend en la baptisant "CHUUUT PARTY": de 23h à minuit, il est interdit de parler, on communique par écrit. "La saturation de la parole induit la fascination du silence"(1).

En 2004, la Fédération Francophone des Sourds de Belgique (FFSB) contacte Le Claridge et lui propose d'introduire le langage des signes comme moyen de communication. Sourds et malentendants se joignent aux entendants. Cette démarche vers des personnes différentes est à saluer.

En avril 2006, Sournal, le magazine de la FFSB, devient propriétaire du concept, suite à l'abandon du Claridge. Les réunions ont lieu une fois par mois, dans un café. On communique par écrit et au moyen de signes et de mimiques dans "une convivialité silencieuse". De telles soirées ont eu lieu à Bruxelles, Namur et Ixelles(2).

Les gérants de bars devraient organiser des CHUUUT PARTIES à la sortie de leurs établissements, de 2h à 3h du matin ! En attendant, on sollicite des animateurs bénévoles pour le lancement d'une CHUUUT PARTY à Rouen.

doMINUIT

(1) David Le Breton, "Du Silence", éditions Métailié, 1997

(2) http://chuuut-party.over-blog.com/

02.09.2007

Transports non durables

Parler transports à un âge où l'on ne peut mener quiconque en bateau, c'est galère.

Tous les aoûtiens ont regagné leurs pénates et vont reprendre leur travail. Sans nul doute, la grogne des usagers de la ligne Rouen-Paris va refaire, et à juste titre, la une des journaux.

Pourtant, d'après l'Almanach de Rouen de l'année 1815, le vélocifère -véhicule à quatre roues- mettait douze heures pour aller de Rouen à Paris. En 1834, il partait à 7h du matin de l'Hôtel des Vélocifères (21, rue du Bec) et arrivait 9, rue du Boulay, à Paris. "Des diligences et autres voitures suspendues" partaient tous les jours pour la capitale des rues Thouret, du Bec et des Carmes.

En 1844, toujours d'après l'almanach local, un an après l'ouverture de la ligne de chemin de fer -Rouen était alors à la pointe du progrès, n'en déplaise à M. Flaubert-, le train mettait trois heures et quelques minutes pour parcourir les 137 km de Rouen à Paris. Il en coûtait 16fr50 en 1e classe, 13fr50 en 2e classe, 10fr en 3e classe. Il était alloué à chaque voyageur 15kg de bagages. L'entrée du Débarcadère -le mot gare n'est pas encore utilisé- était quai du Grand Cours; la sortie, rue de Seine. "Des omnibus [étaient] affectés au transport des voyageurs. Les bagages [étaient] portés à domicile par les soins de l'entrepreneur de factage à des prix très modérés." Il y avait aussi "un commissaire spécial de police, au Débarcadère".

Je me souviens d'une photo, prise je ne sais en quelle année, d'un ancien maire de Rouen (M. Lecanuet) aux commandes du TGV "Ville de Rouen". Ce n'était pas un photomontage. La modernisation de la ligne n'a pas suivi: manque de vision des dirigeants ou absence de concurrence entre les divers moyens de transports ? Il nous faut encore plus d'une heure pour rejoindre Paris. Nous avons gardé le coche...

doMINUIT

Toutes les notes